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AHMED EL HAYANI
 

Ahmed el hayani est un sans-souci né. il peint avec une rage de sincérité incomparable et est accro à la quête picturale comme d’autres seraient accros aux narcotiques, à l’alcool ou au jeu. il lui arrive de peindre en déambulant en ville ou en voyageant, réellement ou au creux de ses intenses et tendres rêveries. sans pinceaux ni chevalet. sans matériaux d’aucune sorte. dans son monde intérieur et par l’esprit uniquement.

Par Mostafa Chebbak   •   Photos Mostapha Romli

 


Mais alors d’où vient cette relation charnelle avec l’œuvrer pictural ? De l’harmonie qu’il vit et qu’il ne cesse, bon an mal an, de diffuser autour de lui. Car, souvenez-vous bien, Ahmed est d’abord et avant tout une totalité vivante. Une totalité insécable. Vivre, enseigner, œuvrer opèrent chez lui en osmose et constituent ainsi trois éléments d’une même réalité. Peut-être est-ce là la raison de cette réussite qui commence doucement mais sûrement à se profiler à l’horizon, à dévoiler lentement mais fatalement son visage radieux. Patience, cependant. La réussite dont il est ici question n’est pas un aboutissement ou un achèvement final qui viendrait couronner, telle l’auréole dédiée aux prodiges, tout un parcours. Si Ahmed El Hayani s’achemine vers la réussite c’est que tout réside justement dans la qualité de son cheminement, dans l’ingéniosité de son labeur et dans la ténacité de sa volonté.





Au gré des expositions, collectives ou individuelles, une œuvre teintée d’originalité et animée d’une force inédite se construit. Cette œuvre est si forte et inédite qu’elle ne peut que saisir et interpeller quiconque sait la saluer et l’approcher pour en extraire, tel un rare nectar, toute la sève et toute la beauté. Formé à l'Institut Supérieur des Beaux-Arts de Tétouan, Ahmed El Hayani n’échappe pas à la veine figurative qui a conféré à la prestigieuse institution ses lettres de noblesse. Ses années de formation furent marquées par une assimilation rigoureuse des normes académiques : maîtrise du dessin, de la peinture et de la sculpture. Il se spécialisa en arts graphiques et porta une attention particulière à la double dimension fonctionnelle et esthétique de la calligraphie dans le champ publicitaire. Ses premières productions en peinture seront axées sur le portrait, les styles de vie, le paysage, dans une fidélité au mouvement impressionniste (Monet, Pissarro, Sisley) qui l’a longtemps fasciné et influencé .





C’est l’art calligraphique qui aura en revanche sur lui le plus grand effet. En s’exerçant avec religion à cet art séculaire, il découvre toute la puissance et toute l’énergie qui traversent et animent la lettre et le graphe arabes. Il en garda la force du geste et la pertinence de la vision. Son installation définitive à Casablanca pour des raisons professionnelles lui donne l’occasion d’éprouver l’impact que pourrait avoir l’architecture sur la sensibilité de l’artiste. Masses, surfaces, volumes, étalement horizontal et vertical du bâti, traits, lignes et formes le harcèlent de toute part et imprègnent ses sensations tout en dessillant son regard. Il se dit qu’il y a là une matière propice pour son art. La structure architecturale commence ainsi à opérer comme un idéal-type pour la composition picturale et la toile devient un topo plastique tissé et strié par les relations, à la fois opaques et transparentes, entre le plein et le vide, le dense et le léger, le proche et le lointain, l’intérieur et l’extérieur, le rêve et la réalité. Nous sommes face à une abstraction franchement lyrique.





C’est lors d’un voyage impromptu à Marrakech que El Hayani amorça le passage à une abstraction formelle. Et l’on sait que quiconque visite Marrakech pour la première fois est saisi par l’exceptionnelle qualité du lieu. L’expansion horizontale de la médina, ses ruelles étroites et ses derbs enserrés sont articulés comme autant de "mondes intérieurs" qui ouvrent sur le ciel immense et le soleil incandescent. Le contraste avec le Guéliz colonial, avec ses larges boulevards et ses constructions modernes, est patent. C’est la déambulation labyrinthique dans le corps médinal qui procure au visiteur de profondes sensations qui se trouvent scandées à chaque pas par le lien indéfectible entre le haut et le bas, l’ouverture et la clôture, la lumière et l’obscurité. La cité almohade est dessinée, comme on sait, selon une symbolique fœtale protectrice et sécurisante. Toutes les cités médiévales déplient à des titres variées cette même symbolique. Ahmed El Hayani avait vécu auparavant à Fès et à Tétouan, mais c’est Marrakech qui sera à la source de sa conversion plastique. Comment va-t-il donc marier corps médinal et corps de la toile ?





En fait le travail de El Hayani transcende le tohu-bohu médinal. On ne verra dans ses œuvres rien d’orientalisant ou de folklorisant. Les idées communément reçues de bonheur et de frêle allégresse que "La Joyeuse" ("al Bahja", surnom séculaire de Marrakech) semble, dit-on, procurer à ses habitants et à ses visiteurs, sont intériorisées dans les toiles de El Hayani comme des vues de l’esprit, une sorte de sas entre dedans et dehors, intériorité et extériorité, repli sur soi et ouverture sur le monde. Tous les malentendus et les quiproquos de l’émerveillement touristique sur commande sont ainsi évacués. On ne verra étalés sur l’épaisseur de la toile ni riads, ni kasbahs, ni palmerie, ni Atlas enneigé. Plutôt un Marrakech second, comme on parlerait d’un état second : un Marrakech déployé dans les schèmes d’un daedalus spirituel, une cité onirique drapée de mystère. En ce sens que la toile devient un entrelacs d’images sublimées, de sensations éprouvées, de rêveries vécues. Les qualités topographiques du corps médinal sont ainsi traduites en potentialités symboliques. La ville ancienne est diffractée sur la toile. Elle s’expose en une alchimie complexifiée de couleurs, de formes et de volumes.

Entendons-nous bien. El Hayani ne se sert de la structure médinale que comme un prétexte. Car ce qui l’interpelle et le motive fondamentalement c’est l’énergie intérieure. Il se laisse certes imprégner par l’ambiance qui enveloppe le lieu, mais il transpose cette même ambiance sur le corps de la toile par la couleur, puissante ou douceâtre, par la forme, réaliste par-ci ou purement onirique par-là, par la gestique nerveuse et virevoltante ou maîtrisée et caressante.

Reste à préciser qu’Ahmed El Hayani est un grand coloriste. Sa palette est riche et variée. Il semble qu’elle est entièrement héritée du pays Jbala, son sol natal et nourricier. La topographie de ce lieu est physiquement riche et variée (plaines, plateaux, montagnes). La pureté du climat, la régularité des saisons, la clarté des couleurs ont libéré la main et le regard de l’artiste. Sa palette devient riche mais osée. Ainsi Ahmed El Hayani a-t-il toujours conçu la couleur comme une aventure optique qui sert à déconstruire et à désarticuler les codes classiques de cohérence chromatique. On dirait qu’El Hayani n’a maîtrisé les règles académiques que pour mieux les transgresser et les subvertir. L’audace en peinture repose entre autres sur cette démarche.





Parcours...

Ahmed El Hayani est né en 1974 à Taounate. De cette humble bourgade du pays Jbala, Ahmed gardera une attirance pour le pittoresque qui caractérise tant les sublimes paysages du nord du Maroc, mais aussi un certain sens de la mesure et de la simplicité. Sa longue formation en arts plastiques (lycée à Fès et Institut Supérieur des Arts Plastiques à Tétouan) lui a donné la possibilité de produire une œuvre originale aujourd’hui saluée par la critique et appréciée par un public de plus en plus nombreux.

Expositions individuelles & collectives

On citera les plus récentes et significatives

Juin 2008 Carrefour des Arts**. Casablanca
Mai 2008 ArTour 2008*. "L’identité culturelle" (6 peintres marocains
et 6 peintres espagnols) . Essaouira
Mai 2008 "Retrouvaille"*. (Artistes marocains et français)
Galerie Bayt Latif . Essaouira
Janvier 2008 Espace Ernst & Young* . France
Décembre 2007 ArTour 2007 . Espace Sophia Antipolis* . Côte d'Azur France
Juin 2007 "Subjectivité" . Espace Hassan II* . Festival d'Asilah
Mars 2007 Mod’Art . Exposition Défilé* . Création d’un caftan
(10 peintres - 10 stylistes) . Rabat
Février 2007 Centre Culturel Français** . Meknès
Décembre 2006 Villa Mandarine** . Rabat
Octobre 2006 Galerie Mohamed El Fassi** (La nuit des Galeries) Rabat
Juillet 2006 Lawrence-Arnott Art Gallery ** . Marrakech
Juin 2006 Parcours d'Artistes** . Rabat
Mai 2006 Ambassade de Mexique* . Rabat
Février 2006 Al’Lamma* (50 artistes peintres) . Casablanca
Janvier 2006 Carrefour des Arts**. Casablanca
Juin 2005 6 regards croisés . Galerie Memoarts* . Casablanca
Mars 2005 Art Contemporain* . Cathédrale du Sacré-Cœur . Casablanca
Janvier 2005 Galerie Memoarts* . Casablanca.
Décembre 2004 1er prix au concours de peinture organisé par la Chambre
Espagnole de Commerce et Navigation . Casablanca.
Juillet 2004 Galerie Kasbah*. Tanger
Mai 2004 Save the Children* . Lawrence-Arnott Art Gallery . Tanger

* Expositions collectives
** Expositions individuelles