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   • L’ARCHITECTURE CONCEPTUELLE
QUELQUES EXEMPLES AU MAROC
 

L’architecture, un métier de plus en plus exigeant et passionnant, entre art et rationalité. avec l’introduction, à l’époque moderne, de la notion d’architecture conceptuelle, il lui est non seulement demandé de trouver la combinaison harmonieuse et équilibrée entre le beau, l’utile et le solide mais surtout de développer un concept unique et personnel, de concevoir un projet immobilier, une demeure, un hôtel, un restaurant ayant une identité propre, intégrée dans un site spécifique. après un état des lieux, nous sommes partis à la rencontre d’architectes travaillant au maroc afin qu’ils nous parlent de leurs projets.

Par Sophia Laurent

 


Aujourd’hui, force est de constater que l’approche conceptuelle est souvent le point de départ du processus, au-delà de la fonction ou de la construction, parfois au détriment de ceux qui y résideront. Ainsi ces tours, que l’on conçoit toujours plus près du ciel, ne sont-elles pas tout simplement l’image concrète de la volonté de toute puissance et de rayonnement que le donneur souhaite offrir au monde. Il en est de même pour les bâtiments publics qui prennent parfois l’allure d’immenses sanctuaires. Les musées, autrefois confinés dans de sombres bâtisses dont le seul rôle était d’abriter les chefs-d’œuvre de l’humanité, deviennent eux-mêmes de vraies œuvres d’art à la gloire des commanditaires, et de plus en plus de leur architecte. Certains se demandent parfois jusqu’où ira cette architecture conceptuelle iconodule (créatrice d’images), parlant même de conception d’image habitée, où l’image devient habitation. Mais cela est une autre histoire. Au Maroc, on est encore loin de cette problématique, nos architectes travaillant sur des projets où l’art de vivre est la priorité.

Ces dernières années, l’on assiste, à travers l’ensemble du Royaume, à l’accroissement du nombre de grands projets touristiques et résidentiels, majoritairement initiés par des investisseurs privés. Puisque destinés à une clientèle privée excessivement exigeante, architectes et donneurs d’ordre ont rivalisés de talent et de créativité pour faire de ces domaines des lieux de vie uniques, tirant le meilleur parti des sites où ils sont implantés. Certains sont des réussites époustouflantes, fruit d’un vrai travail de recherche et de conceptualisation originale des espaces de vie où tout est étudié dans les moindres détails : faible pourcentage d’emprise au sol, lieux d’habitations et espaces verts qui protègent l’intimité, espaces communs conçus comme des lieux de rencontre et de convivialité, utilisation de matériaux naturels, protection de l’environnement,…





Retour sur les bords de mer, à Bouskoura exactement, avec le projet "Villa de l’Oasis". L’axe de réflexion de l’architecte Jamal Laameri fut axé, aussi étonnant que cela puisse paraître de prime abord, autour de la notion de " oasis " que définti le dictionnaire comme " un espace qui, dans le désert, offre de la végétation, par extension un lieu agréable et reposant dans un lieu agité ". Et c’est bien ainsi que l’on pourrait définir la jeune station balnéaire de Bouznika Bay, entre Casablanca et Rabat, deux métropoles bruyantes et agitées. A mi-chemin entre architecture de loisir et architecture fonctionnelle, les villas ont été conçues pour inviter à la détente et au bien-être dans un cadre luxueux, confortable et contemporain. L’agencement des bâtiments autour d’un ilot de verdure, l’harmonie des volumes et l’utilisation de matériaux naturels à laquelle répond de larges baies vitrées concourent à atteindre ce but .





Rencontre tout d’abord avec Laurent Zagury qui, dit-il, la chance de travailler en collaboration avec un promoteur avisé. Situé en bord de mer, son projet, Eden Island, est conçu autour d’un concept dynamique, entièrement en perspective et ouvert sur l’extérieur. Il insiste sur ce dernier point, essentiel pour lui. Laurent Zagury note, en effet, qu’aujourd’hui, l’extérieur est aussi important que l’intérieur, une évolution déterminante par rapport à notre culture, plutôt tournée vers l’intérieur.





Passionné par ses projets, et conscient de l’importance à accorder à l’environnement, il souhaitait également nous parler, en avant-première, de son projet non loin de Casablanca, un Eco Parc aux normes HQE (Hautes Qualités Environnementales) où énergies positives, matériaux recyclables et récupération des eaux de pluies, de rosée ou usées devraient être, pour la première fois au Maroc, prises en considération. Un projet mixant nature et culture avec seulement 5% d’emprise au sol (au lieu des 15% généralement accordés) dans lequel seuls quelques privilégiés pourront s’offrir un hectare de terrain.

Nature toujours, à la base du concept du California Golf Resort situé à l’orée de la forêt de Bouskoura et dont la commercialisation vient d’être lancée. Appartements, duplex, villas jumelées ou isolées à l’architecture très contemporaines et ouvertes sur l’extérieur, la forêt de Bouskoura et le Club House, sont conçus sur une relation harmonieuse avec leur environnement immédiat. L’usage de matériaux naturels, encore peu utilisés jusque là au Maroc, est privilégié et une approche environnementale globale a été mise en place afin de minimiser l’impact du projet et préserver la qualité du site (utilisation de techniques et matériaux réduisant la déperdition d’eau et d’énergie, mise en place de stations d’épuration permettant la réutilisation de l’eau pour maintenir la qualité du green,..). Jnane Rayan est parti de la volonté du maître d’ouvrage de créer un produit de grande qualité architecturale autour de trois sites ayant chacun une identité propre. Paysagistes et architecte ont travaillé de concert sur la nature du terrain et des sols pour faire ressortir les différences. L’architecte Malak Laraki y a développé une conception contemporaine avec des clins d’œil à des pratiques ou des matériaux traditionnels, offrant des maisons de type variées et un éventail de choix intéressants. Une parfaite illustration de sa conception de l’architecture qui privilégie l’écoute attentive et qui récuse tout autant la tentation nostalgique que le modernisme à tout crin et d’ajouter que son métier est "une gestion participative des rêves mais aussi des biens et des inspirations des personnes. Cette approche, à la fois pragmatique et inventive, est, en fait, à la mesure des bouleversements que nous vivons : elle veut avant tout s’appuyer sur les besoins concrets des individus dans leur cadre de vie. Là où une prétendue modernité essaime à tout va des édifices sans âme et sans attrait, ou encore, là où le conservatisme tend à prendre le pas sur la créativité véritable, celle-ci œuvre à forger une identité contemporaine cohérente et harmonieuse, issue de tous ces apports multiples et contradictoires, qui sont l’image du Maroc d’aujourd’hui".





Autre lieu, autre esprit. Assoufid aux portes de la ville ocre nous convie dans un lieu précieux conçu par Paul Udris, en collaboration avec d’autres architectes. Ils ont souhaité, dès le départ que cet ensemble, l’un des plus luxueux de Marrakech, se fonde dans le cadre naturel et soit caractérisé par un impact mesuré sur l'environnement. Pour y parvenir, ils ont conjugué avec talent les concepts ancestraux aux technologies de ce siècle. Assoufid s'étend au milieu d'un paysage composite au relief particulièrement riche. Cette topographie originale, exceptionnelle dans la région, a été pleinement mise en valeur. Le majestueux massif de l'Atlas domine au sud, tandis que le paysage environnant est parsemé de fermes, d'espaces déserts, de monts rocheux et d'oasis qui constituent autant de contrastes de couleurs et de végétations. L'atmosphère qui se dégage de ce site se reflète dans la conception d'Assoufid, dont la subtile intégration et la densité exceptionnellement faible entre-tiennent le calme et la sérénité. Il en résulte un site remarquable qui ne pouvait être reproduit ailleurs: le désert y côtoie l'oasis, l'ombre, la lumière, et le formel, l'informel.

Le Clos de la Palmeraie a pendant longtemps nourri le rêve de Saad Benzakour, cet architecte urbaniste réputé. Aux bruits et tumultes de l’urbanité parfois oppressante, s’oppose le concept de médina jardin où la nature, l’eau et la lumière sont les principales sources d’émotions. A quelques minutes à peine de la Médina, ce projet typique de l’architecture de terre reconstitue le riad ancestral et son charme, allié à tout le confort moderne. L’authenticité du lieu est rehaussé par son environnement exceptionnel : bouquets de palmiers dominant d’immenses vergers et champs d’oliviers, somptueux jardins baignant dans une lumière unique et partout des ruisseaux, des rigoles, alimentés par des bassins toujours remplis, entretiennent une fraîcheur continuelle et une végétation touffue. Chacun des 33 riads, menu de sont titre foncier, est enserré dans un jardin privatif de 500 à 1.200m2. Tous s’étendent sur 300 m2 couverts bénéficiant d’une architecture intérieure traditionnelle tout en raffinement et élégance et se prolongent par un jardin patio intérieur et une terrasse extérieure de proportion généreuse, pièce à vivre à ciel ouvert, conforme au mode de vie ancestral marocain.

Projet touristique immobilier et touristique de 285 hectares, Samanah Country Club a été pensé par Alain Lelieur comme une enclave de luxe et de bien-être, fortement inspiré de cette architecture traditionnelle qui donne toute sa magie à Marrakech si proche, un large espace qu’il a dédié à un art de vivre tout en raffinement et convivialité. Une attention particulière a été accordée aux espaces et aux établissements communs : trois hôtels 5*, un fabuleux spa, un parcours de golf d’exception conçu par Niklaus Design, des commerces et des restaurants autour d’une place élégante, lieu de rencontre par excellence. Les partenaires chargés de l’aménagement des espaces verts et de la décoration des riads se sont surpassés, influencés par la majesté du lieu. Les lumières et les volumes des riads qu’ont conçu l’architecte d’intérieur s’inspirent directement de l’art de vivre et le raffinement extrême des intérieurs marocains, directement hérité de la civilisation hispano-mauresque. Tout a été conçu par ses soins, qu’il s’agisse des couleurs et des matériaux des sols, murs et pièces d’eau. On retrouvera dans chaque villa ou riad ces couleurs chatoyantes, lumières tamisées, bois sculptés, étoffes damassées, terre cuite et mosaïque