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Visage humain said housbane
 

si nous nous en tenons aux seuls éléments historiques dont nous disposons, force est de constater que les artistes n’ont pas toujours vu le même visage dans le visage humain. il n’y a qu’à jeter un regard sur l’art du portrait pour se rendre compte de leurs conceptions divergentes : leonard y peignait l’âme, raphael l’harmonie, botticelli le sublime, goya les caprices et les désastres, courbet le réel, van gogh la force du destin, modigliani la fragilite, bacon les tourments de l’homme moderne… mais housbane n’est pas un portraitiste et c’est là toute la différence .



Par : Mostafa Chebbak
Photos : Mostapha Romli

 


A notre connaissance, il n’a jamais fait poser un modèle. Ainsi sa peinture n’a pas pour visée de fixer les traits distinctifs d’une personne bien déterminée à travers les caractéristiques de son visage. Pourtant, le visage est bel et bien son thème emblématique. Il ne cesse de le peindre et de le repeindre. Il ne cesse de l’exposer et, par là même, de le soustraire à notre regard puisque la saisie de son énigme se dérobe toujours à notre entendement. Cette fixation sur le visage frôle l’obsession. Nous pouvons peut-être l’expliquer par des fragments biographiques, mais nous devons surtout l’approcher comme passion existentielle.

L’origine de cette peinture, vécue comme une passion qui nourrit et oriente toute une vie, est enfouie entre les plis de la mémoire intime de l’artiste. Mais entendons-nous bien, cette peinture n’a pas pour intention de capter, dans un contenu plastique, ce que le réel vécu ou perçu contient comme émotions évanescentes ou fugitives : l’artiste chercherait alors à «rendre» les visages qui l’auraient marqué ou fasciné. Le vécu et le perçu chez Housbane, ont une origine essentiellement fictive. C’est un fonds mnésique initialement tissé et tramé par le récit captivant d’une grand-mère douce et altière que l’évidence du visage, avec sa charge affective, est advenue à l’imaginaire de Housbane. L’enfant était tant et si bien obnubilé par les récits que la grand-mère savait broder sur l’esthétique du corps féminin qu’il en devint marqué à jamais. Les visages qui seront peints plus tard chercheront à donner corps aux descriptions poétiques soufflées par la voix aimée, écoutée, «bue» jusqu’à la lie




Mais Housbane n’est pas un portraitiste et c’est là toute la différence

A l’origine, il y a donc le verbe qui opère comme une annonciation épiphanique de quelque chose qui apparaîtra plus tard sous le pinceau de l’enfant devenu peintre. Cette chose qui s’offre aujourd’hui à notre regard, ces visages délicieusement peints et repeints à l’infini, nous intriguent, nous forcent au commentaire pour tenter – oui, simplement tenter – d’approcher un mystère somme toute indubitable. Du récit de la grand-mère naissaient, au fil du temps, des images mentales plus ou moins claires. Elles prendront forme au fur et à mesure que la formation artistique de l’artiste se constitue et se consolide. Des éléments graphiques et plastiques se mettent en place, se saisissent des images, les mettent en forme et en sens dans un contenu pictural de plus en plus épuré et limpide. Totale métamorphose : un peintre est né et, avec lui, un style, une manière toute singulière de voir et de rendre visible.

… Dépouillement, sobriété, minimalisme, épuration incisive des formes : tous ces éléments ont permis à Housbane de traiter le visage avec économie et subtile éloquence. Grâce à la maîtrise technique et à la vision esthétique qui la sous-tendent, cette peinture exigeante restitue au visage féminin toute la puissance de signification qu’il tient en réserve. Mais il y a plus. Le traitement pictural opéré réussit quelque chose de hautement singulier : grâce à lui, le visage semble échapper à toutes les formes de conditionnement. Il n’est plus à personne séparément, mais à tous en commun. Il est celui de chaque être humain absolument : proche ou lointain, familier ou étranger, homme ou femme. Il exprime l’extrême et indépassable finitude qui est au cœur de la condition humaine. Ainsi devient-il effigie ou emblème de ce qui nous fait ou nous défait : notre frêle existence.

Irréductibles, irrévocablement inclassables, les visages de Housbane semblent être emportés par un irrésistible flux de déterrioration (Deleuze). Ils ne sont ni d’Orient, ni d’Occident; ils n’appartiennent ni aux anges, ni aux démons. Ils sont marqués par la seule frappe du proprement humain. Ainsi nous renvoient-ils, qui que nous soyons, à notre humaine et universelle condition. Celle que nous éprouvons tous, dans un va-et-vient sinueux entre sérénité et inquiétude, joie de vivre et angoisse devant l’inconnu, sourires candides et tristesses inconsolables. N’est-ce pas dans l’ouverture sur le mystère de l’existence – ce même mystère qu’esquisse à sa manière Housbane – que se dessine l’horizon de l’authentiquement humain tel qu’il est, tel qu’il demeure, soucieux, tourmenté par l’inextricable, l’éternelle question : comment capter notre éphémère présence dans ce monde?

Parcours...

Né le 29 Mars 1957 à Casablanca, Housbane vit et travaille dans cette ville. Après des études de littérature française à l'université, il se tourne vers des études artistiques et choisit d'exercer le métier d'enseignant en art plastique.

Ayant touché aux domaines de la calligraphie, de l'illustration, de la bande dessinée et du dessin animé, il se consacre totalement à la peinture vers le milieu des années 90. Aujourd'hui, Said Housbane est professeur d’histoire de l’art et des arts plastiques à l’école supérieure des Beaux-Arts de Casablanca et anime des cours sur le "développement personnel" à l'université Hassan II de Mohammedia. Il est aussi membre fondateur et Secrétaire général de l’Association Fen’Art des Plasticiens Enseignants et Secrétaire général adjoint de l’Association Al’lamma des Arts Plastiques. Il a produit plusieurs écrits et réflexions sur la peinture et les artistes marocains. Les expositions, individuelles ou collectives, et les manifestations culturelles auxquelles il a participé depuis 1984 ne se comptent plus, on notera, entre autre, parmi les plus récentes :

• 2002 : Carrefour des arts . Casablanca.
• 2003 : ABSOLUTment ARTISTE. L'Etoile du Plazza . Casablanca
• 2004 : Chorfy Art Gallery . Casablanca
• la 1ère et la 2ème édition de la GENAP en 2004 et 2005
• 2005 : «Corps et Ame». Mémoarts . Casablanca
• 1ère édition de « Al'lamma » en février/mars 2006
Arval . Zénith Millenium . Casablanca
• Janvier 2007 : La plage Rouge . Marrakech
• Février 2007 : Carrefour des arts . Casablanca
• Mars 2007 : Mod'Art : 10 peintres et 10 stylistes
Théatre Mohammed V . Rabat
• Avril - Juin 2007 : Galerie Hohenthal und Bergen. Berlin
• Juillet -Août 2007 : « Figures of the contemporary painting
in Morocco » Wereldmuseum . Rotterdam