| Meriem Cherkaoui.. Le goût de la créativité
Devanture discrète, décoration sobre et élégante, collection d’objets anciens… Au premier abord, un restaurant classique et gastronomique français. Et pourtant, la carte créative, mêlée de saveurs marocaines et françaises, révèle toute la singularité de La Maison du Gourmet. Ouvert en mai 2003, par la chef Marocaine Meriem Cherkaoui et son mari, Philippe Pesneau, dans le quartier Gauthier de Casablanca, rarement restaurant n'avait connu pareille fortune dans le milieu toqué marocain. Très vite, il a su séduire les gourmets et les critiques culinaires, et s’est vu décerner 3 fourchettes par le « Club des Uniques ».
L’aventure de cette table casablancaise commence avec Meriem Cherkaoui, originaire de Salé. « Petite, raconte t’elle, j’ai toujours voulu mettre la main à la pâte, apporter ma touche lorsque ma mère cuisinait. On recevait beaucoup de monde à la maison. La cuisine est une affaire de famille ». Son bac scientifique en poche, ce sont des amis de la famille qui lui parlent de l’hôtellerie, du tourisme. Des métiers d’avenir au Maroc. L’idée fait son chemin et Meriem Cherkaoui s’élance vers la France, pays qui incarne la haute cuisine avec son terroir, ses vins, ses fromages… « Notre première préoccupation, lors de nos vacances en France, était déjà : où dormir, mais surtout où manger ! Même si au Maroc, on mange aussi très bien », se rappelle-t’elle.
Elle intègre alors le prestigieux « Institut Paul Bocuse - Ecole des Arts culinaires et de l’hôtellerie » dans la région lyonnaise, berceau de la gastronomie française. Après deux ans d’études, la jeune femme parfait son apprentissage dans des établissements de renom, comme Le Crillon à Paris (deux étoiles Michelin), Le Majestic à Cannes (une étoile Michelin). C’est dans les cuisines de ce dernier qu’elle rencontre son époux Philippe Pesneau qui a également fait un passage au restaurant de Georges Blanc (trois étoiles Michelin).
Si pour Meriem Cherkaoui, la France était le pays de la référence culinaire, il n’en demeure pas moins que le Maroc reste le cher pays de son enfance. « La cuisine française est la première que j’ai apprise professionnellement, celle qui m’a charmée, celle à qui j’ai dit ‘oui’ . Elle est très technique et complète bien la cuisine marocaine, de couleur et de saveur. C’est une cuisine d’enfance qui reflète mon identité. La première que j’ai connue… Et en étudiant à l’étranger, j’avais ensuite prévu de revenir au Maroc pour ouvrir mon propre restaurant », explique la Chef. Année 2000 : retour à son pays natal, le lieu où son goût pour le goût s’est éveillé, accompagnée de son époux.
Monter sa propre affaire. Mai 2003, c’est chose faite avec l’ouverture de La Maison du Gourmet, un restaurant gastronomique mais convivial. Pas question d’être guindé, même pour très bien manger.
Les rôles sont clairement définis. Madame en cuisine, Monsieur en salle. Très adepte de la cuisine marocaine, Philippe Pesneau apporte cependant une touche française, plus académique. Tandis que, de son côté, à tout juste trente ans, la jeune prodige des fourneaux prône une cuisine aux parfums d’enfance, comme l’illustre son cornet à la rose du Maroc et au lychee ou son couscous à la confiture de lait et aux fruits secs. « Je le fais réduire avec de la vanille et du sucre jusqu’à ce que cela s’épaississe et devienne comme une confiture. J’y joins une semoule très fine et rajoute des coings et des framboises en sorbet ; sous forme d’esquimau avec un bâtonnet ». Esquimau, voilà le mot magique qui fait écho à l’enfance. En plus de mitonner des plats techniques, elle aime que les convives retrouvent des souvenirs autour de l’assiette, qu’ils soient en famille ou en repas d’affaire.
A l’image du couple, La Maison du Gourmet sert une cuisine d’influences françaises et marocaines où Meriem Cherkaoui revisite quelques grands classiques des tables marocaines. Belle illustration que sa Pastilla au foie gras, servie avec des poireaux et des carottes cuites à l’étuvée en julienne, accompagné d’une marmelade d’oignons et d’un jus de canard avec une pincée de cannelle, d’écorce d’orange et de citron. Traditionnellement cuisinée avec du pigeon et des amandes, elle a innové avec le mariage du foie gras (de production locale - ndlr). Pourquoi ce produit ? « Il évoque le luxe, quelque chose de fin en bouche… nul besoin de le dénaturer, ni de trop l’assaisonner. Il parle de lui-même ». Le foie gras, nouveau venu dans les habitudes alimentaires marocaines ? « Ca va venir, avance t’elle, les marocains sont en train de changer leurs habitudes alimentaires ».
Par ailleurs, elle a une préférence pour les produits de saison ainsi que ceux de la mer et de la Méditerranée. Elle aime aussi l’acidité, par petites touches, avec des fruits comme la framboise, la fraise et le citron confit. « Sole roulée avec du citron confit des tomates confites ; coriandre roulée avec des échalotes ; pomme de terre cuite dans un jus de ratatouille », récite-t’elle.
Il est déjà dix heures et Meriem Cherkaoui s’en retourne aux fourneaux rejoindre son équipe, formée de douze toques masculines. Au déjeuner, la carte de La Maison du Gourmet proposera un éventail de suggestions. Quant au soir, le « Menu dégustation » offrira huit plats différents.
A travers sa maîtrise culinaire et ses créations originales, la Chef prouve son talent et que la haute cuisine est également une affaire de femmes. |