Azemmour, au débouché du fleuve Oum er Rbia, est un pays à lui seul, avec ses frontières naturelles, la plage de la Haouzia et la forêt. L’élément liquide reflète une lumière qui dure plus longtemps, il mouille les couleurs, le bleu, le vert, le gris, la couleur chaude des remparts, le blanc des maisons et ses harmonies colorées s’équilibrent à l’unisson. Ces couleurs inspirent et se retrouvent dans les dernières œuvres de l’artiste. Ahmed s’est posé dans la médina, entre trois fours, marabouts et Zaouia, et de sa terrasse, il peut voir la rivière.
Cette ancienne cité, dont les murmures du silence insufflent des élans à sa création artistique, phénomène inexpliqué, a vu naître plusieurs générations d’artistes et attire les plasticiens d’ailleurs. Ainsi, en 2005, l’association Les Amis d’Azemmour et AT’-ART ont été à l'origine du projet "Les journées blanches d’Azemmour", dont le but était de faire comprendre aux habitants leur rôle de citoyens, le respect de la cité et de l’environnement et la richesse d’un patrimoine dont ils sont tous responsables. Des peintres venus de tout le Royaume ont alors, dans un même élan, composé des fresques colorées sur le blanc immaculé des murs de la médina. Ces couleurs se sont intégrées dans leurs espaces, la population bienveillante les respecte. Et l’art ainsi chemine dans le quotidien des habitants.
La peinture est comme l’homme, calme, vivante, souriante, accueillante et maîtrisée.

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Ahmed El Amine est gourmand de la vie, et tout, dans ce pays d’Azemmour y est meilleur qu’ailleurs, il ne se nourrit pas seulement de ce que la nature bienveillante lui offre, de ces poissons, ces soles ou ces sardines qu’il affectionne particulièrement, il nourrit son regard des couleurs de la ville, de sa vie, et il interprète dans ses contes l’amour.
Les figures géométriques qui composent ses toiles les plus récentes touchent la sensibilité et évoquent un amour universel, celui de la mère à l’enfant, des amants unis ou enlacés, à peine devinés, comme pour respecter l’intimité des sujets. La féminité, codée et sensuelle est largement représentée, mais ce qui touche le regard c’est l’harmonie du tout, l’union dans ce sentiment profond. L’amour heureux, la joie dans l’expression de la tendresse, la paix et le bonheur transpirent de ses toiles.
L’audace des couleurs vives qu’il utilise pour la première fois, le vert, le rose, le jaune citron, et le bleu, juxtaposées, contrastent avec la sagesse de ces aplats réguliers. D’autres toiles, aux couleurs plus fondues, plus discrètes, expriment les mêmes formes. Le tout étrangement se pose sur la toile de manière à créer un équilibre, une union profonde et durable. Le plaisir est ressenti, plaisir de peindre et de partager cette joie dans une expression "belle" et authentique.
La peinture est comme l’homme, calme, vivante, souriante, accueillante et maîtrisée. Chaque tableau est le paragraphe d’une histoire disponible pour tous, car sa peinture est accessible. Elle est "offerte" et ne sert simplement qu’à être ressentie, même si, ici ou là, les avertis penseront aux Demoiselles d’Avignon ou encore au Déjeuner sur l’herbe.
Trois éléments importants composent son action créatrice : le mental, car Ahmed médite, ressent et pense ses peintures; la manipulation, qui est la technique et la matière et enfin, le sentiment, troisième élément. L’œuvre se révèle quand ces trois éléments trouvent leur équilibre. La peinture arrive d’elle-même, elle impose son action, comme une évidence.
Après avoir subi l’influence de Marrakech et ressenti ses couleurs chaudes et voluptueuses, intégré diverses tendances picturales qui vont de la nature morte, l’abstrait, le figuratif en passant par le paysage, Ahmed El Amine arrive à maturité et le résultat de ses 20 années est présenté à la galerie Mohamed El Fassi de Rabat du 13 mars au 11 Avril où il expose ses toiles sous le thème de Contes d’Amour.
Aujourd’hui, il souhaite ouvrir un atelier d’artistes à Azemmour car une pépinière de talents ne demande qu’à être découverte et initiée. Pour cette raison, une partie des recettes de la vente de ses toiles participera à la concrétisation de ce projet.
Parce que l’art et plus encore la peinture est un espace de liberté, un moyen d’exprimer et ressentir, parce que les lieux, la lumière et les couleurs sont des éléments qui sont indissociables de l’œuvre de Ahmed El Amine, personne n’y est insensible. |
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