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            Karim Alaoui
            De la matière en fusion à l’œuvre d’art
 
hannaoui

Ce sculpteur et designer a appris à dompter le bronze et l’aluminium en fusion pour en faire des sculptures, des luminaires, des  poignées de porte, des statuettes, des pieds de tables, des  empiétements de meubles…,  devenant l’un des précurseurs de la fonderie d’art au Maroc.

 

Ce sculpteur et designer a appris à dompter le bronze et l’aluminium en fusion pour en faire des sculptures, des luminaires, des  poignées de porte, des statuettes, des pieds de tables, des  empiétements de meubles…,  devenant l’un des précurseurs de la fonderie d’art au Maroc.

A l’heure où la capacité de renouvellement et de créativité de l’artisanat marocain est montrée au monde dans son renouvellement, l’œuvre de Karim Alaoui est plus que jamais d’actualité. Il utilise en effet un procédé traditionnel pour créer des objets d’art et de design.

Amoureux d’art et de lettres, Karim  Alaoui quitte pourtant l’école avant ses 18 ans, un BEP mécanique en poche. Son but : entrer tout de suite dans la vie active et être indépendant. Il travaille alors dans divers ateliers de mécanique et d'usinage, sans renier ni abandonner pour autant sa passion de la sculpture sur bois, de la peinture et de l'écriture, exposant ses œuvres comme en 1988 au Carrefour des livres.

Karim Alaoui De la matière en fusion à l’œuvre d’art

Cette même année, il intègre une fonderie mécanique de bronze et d'aluminium. Afin de combler les lacunes qui le freinent dans sa quête, Karim reprend, en parallèle à son travail, des études théoriques complétées par des stages, évoluant ainsi entre la banlieue parisienne, au sein de la Fonderie d’art de Coubertin, des villes de province et d'Italie, jusqu’à ce qu’il sente qu’il maîtrise la technique de fonderie d'art bronze et aluminium. Il se spécialise dans les moulages artistiques, la sculpture et les résines et crée un département art dans la fonderie où il travaille. En 2003, guidé et habité par sa passion, il finit par abandonner la fonderie industrielle et se consacre entièrement à son art. Il crée alors sa propre enseigne "Sculpture et design" et laisse libre court à sa créativité.

Une histoire de collaboration

Comme il l’explique : "En dehors de mes créations personnelles qui se situent entre la sculpture et le design, je travaille pour une petite et fidèle poignée d'architectes, de designers, de sculpteurs et de particuliers, d'ici et d'ailleurs". La complicité qu’il entretient avec eux est essentielle pour comprendre le souhait du client, "il faut prendre le temps, seule règle à respecter pour que le client ressente profondément que l’objet unique créé a pris forme pour lui, qu’il lui est expressément destiné".

Mais avant d’en arriver là, il aura fallu convaincre. Cette discipline est nouvelle au Maroc. Et lui qui n’a jamais été vraiment adepte de la théorie leur montre concrètement quel travail et quelle utilisation peuvent en être faits. Sa rencontre avec l’architecte Ronald Cecil Sport, en charge du siège de la BMCE, marque le départ de l’aventure, c’est la première fois que des objets d’art en fonte sont produits en série intéressante.

Depuis, il collabore régulièrement avec différents noms du design comme Khadija Kabbaj, Jalil Bennani ou Reda Bou Amrani  et compte des réalisations qui ont marqué les esprits comme cette sphère de quatre mètres et demi de diamètre conçue avec le sculpteur Stephen Broadbent pour le Palais des Congrès de Skhirat. Plusieurs de ses œuvres personnelles sont également visibles chez Urban Living et il est régulièrement consulté pour la conception et la réalisation de prototypes de trophées en fonte d’aluminium.

 

L’amour du bronze

Pour chaque objet, il y a tout un process à suivre. Il conçoit tout d’abord une maquette de cire ou de bois, retranscrite dans un moule en sable réfractaire qui recevra le métal. Pour qu’il prenne sa forme liquide, il est chauffé à des températures extrêmes de 700 à 1 300 °C pour certains alliages.

Si Karim Alaoui travaille surtout l’aluminium, cette matière légère, contemporaine si prisée par les architectes et les designers, sa matière de prédilection reste le bronze, une matière lourde, chargée d’histoire, difficile, plus longue à travailler et quelque part encore pleine de secrets.

Ce qu’il affectionne dans le processus de fonte, c’est la surprise, la révélation, cette part de mystère, cette perte de contrôle. Avant de devenir œuvre d’art, le bronze, sous sa forme liquide, est en effet coulé dans un moule clos où il semble décider lui-même de ce qu’il va devenir. L’artiste ne découvre le résultat de son travail qu’au moment du démoulage. C’est seulement à ce moment-là que l’œuvre se révèle.

Karim Alaoui fait corps avec la matière, il est en fusion avec ses métaux liquides, jusqu’à ce qu’ils prennent formes solides et deviennent tout à fait indépendants, comme ses Jacks, ses silhouettes longilignes qui sont devenues ses compagnons du quotidien et sa marque de fabrique, hommage à Giacometti et Jack Nickolson.