Les huiles essentielles font partie de la vie des hommes depuis des millénaires. L’Egypte ancienne déjà les utilisait sous forme d’onguents, l’Inde connaît les eaux aromatiques depuis quelque 7 000 ans. Le procédé de la distillation, quant à lui, remonterait 1000 ans avant notre ère et serait apparu en Perse. Elle aurait été perfectionnée par Ibn Sina, dit Avicenne, grand médecin et philosophe.
Notre société leur a préféré les produits cosmétiques industriels. Mais désormais, tel un retour aux sources, elles reviennent en force au travers de l’aromathérapie, une science qui sait comment tirer pleinement profit de leurs vertus en les intégrant dans des bains, inhalations ou massages, ces derniers étant de plus en plus prisés, au Maroc comme ailleurs.
Une production délicate
Naturellement présentes dans les fleurs, les feuilles ou les racines d’un petit nombre de plantes aromatiques, les huiles essentielles s’obtiennent par pression, mais sur tout par distillation, procédé séculaire le plus répandu. La distillation traditionnelle s’est toutefois industrialisée dans le but d’améliorer le rendement, mais aussi afin d’assurer l’équilibre du parfum. La distillation industrielle permet en effet d’obtenir l’harmonie des trois notes : de tête, de cœur, de fond, grâce à une température précise et constante tout au long du processus. Ce résultat est impossible à assurer avec la distillation artisanale, les notes de tête s’échappant trop rapidement.
Les huiles les plus produites au Maroc
Les huiles essentielles produites à grande échelle par le Maroc étaient jusqu’alors destinées principalement à la haute parfumerie. Aujourd’hui, elles rejoignent également les huiles de massages et autres soins d’aromathérapie.
Les plus prisées restent le néroli (huile essentielle de pétales de fleurs d’oranger amer), l’élixir suprême, dont le pays est le premier producteur mondial ; et l’huile essentielle de rose, pour laquelle il se situe derrière la Turquie et la Bulgarie, tout au moins en termes de quantité. En terme de qualité, l’huile de rose marocaine reste la plus pure, compte tenu de ses cultures sans traitement.
Le Maroc produit également des huiles de fruits, avec notamment 100 à 120 tonnes d’huile d’oranges amères par an. Pour cette huile particulière, c’est la pression à froid qui donne la meilleure qualité.
Quelles qu’elles soient, les huiles essentielles doivent être utilisées dans des quantités bien définies, parfois une goutte est suffisante. Compte tenu de la forte concentration des substances actives, elles sont souvent diluées dans des huiles végétales dites de base, essentiellement l’huile d’amandes douce, de pépin de raisin, de noyau d’abricot ou de jojoba. Au Maroc, elles sont aussi mariées à la reine des huiles : l’huile d’argan, issue d’un arbre séculaire poussant uniquement dans ces contrées. 
Les bienfaits des huiles marocaines
Le Maroc produit de nombreuses huiles essentielles, en voici les plus courantes.
Les huiles d’agrumes. L’huile d’oranger agit contre l’anxiété et le stress, celle de citron rafraîchit l’esprit, améliore la concentration, stimule la circulation lymphatique et le déstockage, c’est-à-dire qu’elle agit sur la cellulite, tout comme celle de pamplemousse qui calme également les nuits agitées et les insomnies. Pour calmer l’anxiété, ajouter à l’eau du bain, 2 gouttes d’huile essentielle d’orange, 1 de rose et 2 de santal; pour éliminer les toxiques et agir sur la cellulite, il est conseillé de masser les zones à problèmes avec un mélange de 4 gouttes d’huile de pamplemousse, 3 de citron, 3 de genièvre diluées dans 20 ml d’huile de base.
L’huile du cèdre de l’Atlas. Cette huile, produite exclusivement au Maroc, est très prisée pour son odeur tout à fait spécifique, forte et fraîche à la fois, qui dégage des notes suaves et boisées. Elle est particulièrement appréciée en parfumerie mais aussi en aromathérapie pour ses vertus déstressantes. 2 gouttes additionnées à 3 de lavande dans 10 ml d’huile de base donne une huile antistress pour le massage de la nuque et des épaules.
L’huile de rose. L’huile de cette fleur romantique par excellente est réputée apaiser les chagrins d’amour. Se relaxer dans un bain additionné de deux gouttes d’huile essentielle de rose et de trois d’orange permettrait de réconforter un cœur brisé !
Le néroli. Cette huile essentielle de fleurs d’oranger amer est l’élixir suprême. Très apprécié pour ses vertus tonifiantes et rajeunissantes, il agit sur les états de panique et les bouleversements émotionnels. Inhaler seulement deux gouttes d’huile de néroli posées sur un mouchoir permet de calmer une crise de panique, par exemple.
Des tonnes de fleurs pour quelques
gouttes de bonheur
Les huiles essentielles sont des produits rares qui demandent un long travail et beaucoup de fleurs pour obtenir cet élixir. Par exemple, pour obtenir 1 kg de néroli, il faut récolter environ une tonne de fleurs de bigaradier. Le rapport est encore plus impressionnant lorsqu’il s’agit de l’huile de rose, puisqu’il faut alors 4 tonnes de fleurs !
Lors d’un massage ou d’un bain, ce sont donc des dizaines et des dizaines de kilos de fleurs qui vous enveloppent de leurs bienfaits. 
Les Arômes du Maroc
Du parfum à l’aromathérapie
Les Arômes du Maroc sont producteurs et exportateurs d’huiles essentielles dites nobles destinées à la haute parfumerie. Leur métier de base donne des produits résiduels de type eaux florales en grande quantité, notamment pour l’eau de fleur d’oranger (300 à 400 tonnes/an), ou pour l’eau de rose (80 tonnes) qu’ils ont décidé de commercialiser au Maroc, dès la fin 2006 en les accompagnant de toute une gamme de produits cosmétiques traditionnels enrichis en huile essentielle, comme le savon noir, le ghassoul et l’huile d’argan. Tiyya est une gamme de produits 100% naturels, garantis par de nombreux tests en laboratoire et fabriqués par une entreprise réputée pour la qualité indiscutable de ses produits.
Nectarome
Un jardin biologique pour s’initier à l’aromathérapie
Le premier jardin biologique de plantes aromatiques et médicinales du Maroc a ouvert ses portes dans la vallée de l’Ourika. Une ambiance de senteurs embaume l’air de ce jardin, composé de plus de 50 espèces de plantes aromatiques et médicinales. L’originalité de ce lieu est qu’il propose des visites guidées afin de découvrir les plantes du Maroc et d’en connaître les vertus. Sont également proposés des ateliers d’initiation à l’aromathérapie, des séances de réflexologie et de massages aux huiles essentielles. Nectarome offre également une large gamme de produits à base d’huiles essentielles, le fruit de la culture biologique, des recettes marocaines ancestrales de beauté et de bien-être et des connaissances du docteur Jalil Belkamel, à l’origine de ce projet. MD
Mode d’action des huiles essentielles et précautions
Force est de reconnaître aux huiles essentielles une activité thérapeutique aussi variée que réelle. Elles contiennent souvent plusieurs centaines de molécules chimiques différentes qui auront des effets relaxants ou stimulants et auront des bénéfices sur le système nerveux, le système respiratoire ou circulatoire, sans oublier une réaction immédiate affective ou instinctive provoquée par les molécules olfactives.
Cependant, le plaisir de l’aromathérapie implique d’apprendre à les utiliser. Leurs actions, très puissantes, peuvent avoir dans certains cas des effets indésirables. Certaines pratiques sont à éviter comme appliquer l’huile essentielle directement sur la peau ou dans l’eau du bain, mieux vaut d’abord l’intégrer dans une huile
végétale. Enfin, il est essentiel d’identifier la plante utilisée. On ne compte pas moins de 450 espèces de sauges, 1.200 de menthes et 600 d’eucalyptus, donnant toutes des huiles essentielles bien différentes.
Mieux vaut donc prendre conseil auprès d’un aromathérapeute avant leur utilisation.
Conservation
Les huiles essentielles ont une durée de vie d’un an, mais de seulement 6 mois pour celles d’agrumes, la date d’ouverture du flacon faisant foi. Vous pouvez doubler ce temps de conservation en plaçant les flacons au réfrigérateur. Ils doivent être en verre opaque pour les protéger des UV.
Nos remerciements vont à monsieur Boubker Latrache, Directeur Général des Arômes du Maroc (Domaines Royaux) et son adjoint, monsieur Mohamed Taroura, pour leurs précieux conseils et leur aide durant la réalisation de ce reportage photographique. 
La distillation : de l’âme à la matière
Par : Dr. Jalil Belkamel
- Chercheur dans le domaine
des huiles essentielles
- Consultant international S.P.A
Au Maroc, la distillation fut pratiquée au sein de très nombreux foyers de Marrakech, Fès et Rabat pendant plusieurs siècles. Chaque foyer était équipé d’un appareil de distillation généralement en cuivre rouge, utilisé principalement pendant la période du printemps, pour fabriquer l’eau de rose et l’eau de fleurs d’oranger. D’autres plantes ont été aussi, concernées, telles que le thym, le romarin ou la sauge.
C’étaient exclusivement les femmes d’un certain âge qui s’occupaient de ce travail, généralement, la mère ou la grand-mère. Aujourd’hui, si la distillation "domestique" tend à disparaître, les quelques familles qui la pratiquent continuent de respecter les règles de ce rituel véritablement sacré. Des préparatifs sont obligatoires avant d’entamer la distillation : tout d’abord, la femme se doit d’être propre, habillée en blanc comme symbole de la pureté et être en dehors de la période de menstruation. Elle commence par faire des prières en saluant le prophète. A proximité, il ne doit pas y avoir de bruit ou d’enfants qui s’amusent. Pendant cette mission, elle va contempler un esprit ou une âme, l’âme de la plante (Rouh), car il s’agit avant tout de cela, ce qui mérite une attention particulière et une concentration inédite. L’opératrice est en face de Dieu et de sa création pendant la distillation, d’où le respect qui s’impose.
Les gouttes vont commencer à venir peu à peu et c’est tout un plaisir qui règne avec ces belles odeurs qui se dégagent en embaumant l’ambiance de la maison. Tous les espaces vont vibrer au rythme de ce bonheur olfactif qui plonge grands et petits dans la pureté et la joie.
A la fin de l’opération, ce sont deux parties qui sont obtenues dans le flacon de réception : l’eau aromatique, dite hydrolat ou eau florale, qui est définie comme étant l’eau de distillation, saturée d’une fraction miscible d’huile essentielle et l'huile essentielle proprement dite qui constitue la partie noble de la plante. C’est une huile volatile très odorante qui caractérise l’odeur de la plante concernée. Le pourcentage de cette huile dans la plante reste relativement faible. Pour beaucoup de plantes, ce taux ne dépasse guère 1 %. Pour la rose, il faut compter environ 4500 kg à 5000 kg de pétales de roses, pour obtenir un litre d’huile essentielle, soit l’équivalent de trente roses (roses de M’Gouna), pour avoir une seule goutte !. Pour les fleurs d’oranger, il s’agit d’environ 2500 kg de fleurs pour obtenir un litre d’huile essentielle, dite Néroli.
La distillation de ces deux plantes permet à la famille d’avoir une eau florale naturelle, utilisée lors des réceptions pour accueillir les invités qui sont arrosés de ces eaux florales (rose et fleurs d’oranger). Elles sont également utilisées en cuisine, pour la préparation de certains gâteaux (cornes de gazelle), pour se soigner ou pour ses soins de beauté.
Aujourd’hui, ces techniques, commencent à disparaître et ce sont les substances chimiques qui ont pris la relève, avec leurs emballages sophistiqués et leurs ingrédients diversifiés, parfois même dangereux… Pouvons-nous parler toutefois d’un vrai bien-être?
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