Le monde est plein de signes, de chiffres magiques, de marques. D’anciennes fissures dans la pierre – issues de l’époque primitive de notre espèce – fascinent particulièrement en Afrique du Nord. Les murailles des villes marocaines sont jusqu’à aujourd’hui une inépuisable réserve de souvenirs, de souhaits, de malédiction, de reniements et d’espoirs. La langue des signes est une langue magique. Les images d’Ahmed Hajoubi, sa palette sensuelle élémentaire, ainsi que les chiffres qui, dans son travail tridimensionnel, reviennent toujours comme des locomotives, sont inspirés des témoignages innombrables de cette langue des signes.
Parmi ses motifs favoris, les contours archétypiques des bateaux jouent un rôle significatif. Mais son " type de bateau " ne se laisse pas approcher avec des critères maritimes : il indique le chemin du monde des rêves, des désirs et des fantaisies de l’enfance. Cet ancrage de sa langue d’images dans une dimension mythique lui confère simultanément une profondeur poétique, narrative, et une communicative bienveillance à la vie.
Des images ivres
de couleurs
Les bateaux féeriques que Hajoubi a projetés sur l’ample, et souvent dynamique et agité "océan" de son écran fortement coloré et crevassé (apparenté en cela à la structure de la muraille), ressemblent, avec leurs silhouettes archaïques et simples, à ces bateaux qu’il a et que nous avons autrefois, en tant qu’enfants, construit en pliant du papier, et avec lesquels nous avons vogué sur l’ample et apparemment illimitée mer des espoirs puérils et des joies de la découverte ludique. Pour le bonheur de nos souvenirs, cet artiste passionné et sympathiquement sans manières ne s’est pas laissé déposséder de pareils rêves – il me semble être un "peintre-poète" de la passion.
J’ai rencontré pour la première fois le travail de Hajoubi, il y aura de cela bientôt deux ans, à l’occasion de l’exposition qui lui était consacrée à Dar Chrifa à Marrakech. Ce fut un coup de foudre. Depuis, ses images forment une partie intégrante de l’horizon de mon expérience sensible – yeux ivres de couleurs, significations méditatives. Le mot lisse et à tonalité conventionnelle de "rencontre" est plutôt inexact. Et cela parce que les membranes de ses images sont tout autres que "lisses". En vérité les images de Hajoubi transportent dans un état de griserie, il en émane un courant d’aspiration de couleurs, une irrésistible et presque érotique force d’attraction, qui attire l’observateur dans leur charme, et puis de nouveau - comme pour une aspiration et une expiration – le libère avec bonheur.
Les images de Hajoubi sont des images du désir. Elles stimulent ce désir de la vie, fort et élémentaire, que seul peut provoquer l’artiste obsédé par son travail, qui cherche, souffre et qui est disposé à la joie. "Et tout désir veut l’éternité, veut une profonde, profonde, profonde éternité", disait autrefois le philosophe de la vie allemand, Friedrich Nietzsche. Les images ivres de couleurs d’Ahmed Hajoubi, de même que ses admirablement légères et aériennes Plexi-installations avec leurs petits bateaux en papier blancs dans la lumière luisante entre eau et terre, sont imprégnées d’un désir similaire de vie, de sincérité et de curiosité créative. Cet art à la jeunesse fraîche et marquant sûrement un élan nouveau, fascine. Il nous laisse (naïvement) prendre part avec des yeux étonnés à une grande fête de la vie dans son reflet peint.
Dr. Werner Strodthoff de Rougemont,
Critique d'art et d'architecture,
Cologne
EXPOSITIONS COLLECTIVES
1994 : Galerie ARCANE - Rabat
1994 : Galerie AL FAKAR - Tétouan
1994 : Galerie Mohamed SERGHINI - Tétouan
1994 : Club de la culture à l’occasion de
la 2ème rencontre culturelle - Ksar El Kébir
1995 : Galerie de la DECOUVERTE - Rabat
1996 : Galerie du Musée des Oudayas - Rabat
1998 : Galerie du Musée DAR BELGHAZI - Salé
2002 : Galerie BASSAMAT - Casablanca
2004 : Espace d’Art Contemporain - Aix en Provence - France
2005 : Galerie Dar Cherifa - Marrakech
2006 : Galerie Dar Cherifa - Marrakech
EXPOSITIONS INDIVIDUELLES
1993 : Hall du Palais des Congrès - Meknès
1997 : Galerie Bab El Kébir - Rabat
1999 : Galerie Mohammed El Fassi - Rabat
2001 : Galerie d’art CDG - Rabat
2001 : Hôtel Hilton - Rabat
2003 : Galerie d’art The Howard Samson - Rabat
2004 : Galerie Mohammed El Fassi - Rabat
2005 : Galerie Dar Cherifa - Marrakech
2006 : Galerie Mohamed Kacimi - Fès
COLLECTIONS PRIVEES
Trésorerie Générale du Royaume - Groupe CDG - Ministère de l’Habitat - Ministère de l’Agriculture - Collections importantes à Marrakech, Aix en Provence (France), Rabat, Casablanca, Tétouan, Galeries d’Arts, Collectionneurs Marocains...
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