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            • Interview
         MarcThépot
         Accor développe un tourisme responsable et éthique
 


Les temples modernes du bien-être ont pour nom Spa. Oasis de détente et de relaxation, havres de paix et de tranquillité, ils  sont des lieux privilégiés, exclusi-vement dédiés au bonheur de prendre soin de soi, de mettre en harmonie le corps et l’esprit.







Les premiers investissements au Maroc étaient-ils une évidence ? Quels sont, selon vous, les plus grands atouts du Maroc en matière de destination touristique ?

L' implication de Risma - filiale marocaine du groupe Accor - résulte d' une rencontre historique intervenue en 1996 entre Gérard Pélisson, co-fondateur d' Accor, et feu Hassan II. De cette rencontre fondamentale a été conçu un pacte d' engagement du groupe dont les grandes lignes sont encore celles qui guident notre stratégie et notre engagement au service de la politique touristique du Royaume.

Les principes en sont simples :

1. Association avec de prestigieux partenaires privés  marocains, ces derniers donnent à notre engagement un ancrage local et une légitimité accrue

2. Association de la jeunesse marocaine aux efforts de formation et dans la politique de recrutement opérée depuis cette date : notre groupe entend donner une chance aux jeunes cadres marocains pour diriger les unités qui sont ouvertes, aussi bien ceux qui ont fait leurs études au Maroc que ceux - en poste à l' étranger - qui souhaitent revenir au pays pour servir sa politique touristique. Notre groupe avait l' ambition de créer 5 000 emplois en 10 ans... ce qui sera le cas

3. Développement d'une hôtellerie diversifiée autant en terme de gamme (de l'économique au luxe) qu' en terme d'implantation géographique (du Nord au Sud jusqu' à Dakhla).

Les atouts du Maroc sont considérables - en particulier pour un groupe français fortement implanté en Europe constituant 85 % du Marché émetteur de touristes.

Ces atouts tiennent à la proximité (2h1/2 des principales capitales européennes), à la diversité           culturelle et la variété de paysages (balnéaire, montagne, désert etc...), à la stabilité et à la sécurité de ce pays, au fait que ce pays est francophone et que les Européens y trouvent à la fois des points de repères solides et en même temps un grand exotisme sans oublier, et c' est sans doute le plus important, que le tourisme est érigé en priorité nationale et que d' énormes investissements sont en cours (infrastructures aéroportuaires et autoroutières, développement des liaisons aériennes, ouverture aux compagnies low cost, politique de formation etc...)

Le Maroc est une destination aux atouts inestimables... les résultats obtenus depuis 5 ans sont là pour conforter la dynamique de cette "Vision 2010" dont on parle tant.
Quand êtes-vous entré dans l’histoire (d’amour ?) Accor - Maroc ? Quels ont été vos premiers objectifs ?

Je suis arrivé fin 2001 au Maroc, au moment du traumatisme créé par les évènements du 11 Septembre 2001.

A cette époque l' image du groupe n' était pas très bonne dans ce pays pour diverses raisons. Le groupe lui-même se posait la question de maintenir son engagement dans ce pays. Mon rôle a été de réconcilier  Accor avec le Maroc et réciproquement le Maroc avec Accor. Pour ce faire, il a fallu être pragmatique, empathique et persévérant, dans le respect des partenaires et en accompagnant avec professionnalisme la politique Touristique (Vision 2010) qui est depuis incarnée par un ministre jeune et déterminé, Adil Douiri.

Nous avons surmonté bien des obstacles - en particulier les attentats du 16 Mai 2003. Le tourisme marocain a démontré, à cette triste occasion, sa résistance et son potentiel !

Vous soutenez de nombreuses manifestations culturelles et musicales au Maroc. Marketing ou traduction d’une vraie politique d’engagement en faveur de la promotion culturelle et musicale ?

On ne peut être partie prenante de la politique touristique d' un pays si l' on n' est pas impliqué dans sa vie culturelle. Notre engagement est en effet permanent , que ce soit lors des Festivals (Fès, Essaouira, Rabat) ou lors d'événements spécialisés comme le festival du Film de Marrakech où nous serons très impliqués cette année. Il n'y a pas de tourisme attractif sans culture et manifestations qui donnent un sens à  un voyage. Les touristes ne veulent plus "bronzer idiots ", ils cherchent un tourisme créateur d' émotions. Les festivals participent à l'attractivité internationale du Maroc, ils participent aussi à réconcilier les marocains entre eux. De ce point de vue, le Festival des Gnaouas d' Essaouira est une réussite totale.

Vision 2010, développement de l’offre de la Ram, amélioration du réseau routier… l’environnement économique semble à tout point de vue favorable au développement du tourisme, Les choses évoluent-elles dans le bon sens ? Y a-t-il des éléments qui pourraient freiner cette évolution ? Va-t-on à la bonne vitesse ? Voyez-vous des dangers dans cette croissance rapide  ?

 Bien sûr, tout est perfectible ! ... mais il est évident pour tous que cela va dans le bon sens.
Certes la création de nouvelles capacités hôtelières ne va pas au rythme imaginé... mais 2006  a vu les différents protagonistes des stations balnéaires du  plan Azur  changer de vitesse et accélérer leur engagement. En ce qui nous concerne, Risma est associée au projet de Station Balnéaire       d' Essaouira Mogador - aux côtés de partenaires belges et hollandais. Depuis 5 mois, Amyn Alami - président de CFG et membre du Conseil de Surveillance de Risma- conduit les destinées de cette station. Le projet est désormais en phase de réalisation.

Les choses évoluent désormais parfaitement.

Dans tous ces projets touristiques, on le sait désormais, le talon d' Achille reste le volet humain. Il faut des hôtels certes, mais il faut des gens pour les diriger et des personnels formés et motivés pour les conduire.

De ce point de vue, Accor joue son rôle, en particulier grâce à l' Académie ouverte à Agadir et au Centre de Formation par Apprentissage (CFA) que nous y avons créé. Mais notre démarche ne doit pas être isolée. Il faut améliorer l'attractivité sociale de ces filières du tourisme, grâce à l'éradication des pratiques informelles encore nombreuses dans ce secteur, grâce à des salaires attractifs, des politiques de protection sociale efficaces et une politique de formation volontariste.

Quel type de tourisme souhaitez-vous voir encourager ?  Y a-t-il une volonté d’Accor d’encourager le tourisme national ?

Nous prônons un tourisme diversifié; nous sommes un acteur important du tourisme national, en particulier grâce à notre chaîne Ibis Moussafir regroupant 11 hôtels ( bientôt 5 de plus dans un an).

Il nous faut également développer les formule "Club" à l'adresse de la clientèle domestique. Les clubs étant - jusqu' à présent - trop largement réservés aux clients étrangers.

On n’arrête pas de parler de Marrakech et, ces derniers temps, d’Essaouira. Selon vous, y a-t-il d’autres villes, d’autres régions, avec un fort potentiel ?

Toutes les régions du Maroc ont du potentiel

Certes Agadir et Marrakech font figure de "stars" ... mais de nouvelles destinations pointent. Outre Essaouira qui a déjà une notoriété internationale, on salue les ambitions de Tanger, la volonté réaffirmée de la région de Meknès de valoriser ses atouts... On pourrait en dire de même de toutes les régions du Nord au Sud !

C' est d' ailleurs la chance de cette industrie au Maroc, elle ne doit laisser personne "sur le bord de la route" puisque chaque région a des talents à exploiter !
Le Casa City Center, un projet énorme au cœur de Casablanca. Va-t-il vraiment trouver sa place dans le tissu urbain ?

Casablanca attend le projet Casa City Center. Il fait partie intégrante du projet urbanistique de cette capitale économique. C' est d' ailleurs en coopération étroite avec l'Agence Urbaine que l' ensemble du projet a été pensé. N'oublions pas qu' il s' agit de 750 Chambres d' hôtels et de près de 140 000 M2 de surface construite utilisable. Le CCC s'intègre parfaitement dans le plan stratégique Casablanca 2012.
 

Comment voyez-vous l’avenir du tourisme au Maroc ?

Le tourisme est - à mon sens - l' un des piliers du Maroc moderne de demain.

Il est un facteur d' ouverture et d' association à l' Europe compte tenu des flux importants qui lient ces 2 ensembles. Les Marocains résidents à l' étranger sont une composante essentielle du Tourisme dans notre pays.

Le Tourisme c' est l' ouverture aux autres et le brassage des cultures et des identités. C' est une école de la tolérance, de l'accueil  et de la paix. C' est, aussi, une porte ouverte sur la modernité.

Mais ce Tourisme doit être responsable et éthique. Ce n' est d'ailleurs qu' à cette condition qu' il est acceptable dans un pays en plein développement tel le Maroc.

Le Tourisme prédateur n' a plus lieu d' être.

Vous avez apporté beaucoup au Maroc, que vous a apporté ce pays ?

Ce pays est un pays "éveilleur de sens" Il a su mobiliser toute mon énergie comme il le fait chez ceux qui font l'effort de s'y investir.

Ce pays est un pays dur... mais j' y ai rencontré des jeunes fiers de leur pays, désireux de le servir...

Des jeunes non blasés qui reconnaissent la noblesse des métiers du service, qui savent l'importance de la formation pour gravir l'escalier social et qui ont, entre eux et pour leur famille, une solidarité dont beaucoup d'européens pourraient s'inspirer !

Ce que le Maroc m'apporte, c' est finalement d'être ce que je suis...meneur d'hommes, conducteur de projets, catalyseur d'énergie... au profit d'une ambition citoyenne noble.