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   •  TEMOINGNAGE
   VOYAGE A TRAVERS LES HUILES ESSENTIELLES


On ne dit jamais assez la chance que nous avons de vivre dans un pays de grande diversité géographique. La diversité de paysages et de climats que connaissent nos régions entraînent une   diversité de flore, de biotopes qui profitent tant à la faune qu’aux hommes. On recense aujourd’hui environ 4.200 espèces et sous-espèces, appartenant à quelque 130 familles.

TEXTE : JALIL BELKAMEL
PHOTOS : MOSTAPHA ROMLI





Je vous propose de découvrir toute la richesse de cette diversité en entreprenant un véritable «circuit aromatique» du Maroc, une visite touristique et botanique de notre pays, l’occasion de parcourir de magnifiques paysages, de s’imprégner des parfums et d’observer attentivement arbres et fleurs qui composent sa flore pour enfin s’arrêter sur quelques stars, dont les huiles essentielles sont sources de bienfaits infinis.





Je vous propose de commencer notre visite par Marrakech, la ville Rouge, pour nous diriger ensuite vers le sud, Ouarzazate et plus exactement à Kalaat M’Gouna, aussi appelée Vallée des Roses. Nous poursuivons notre circuit en direction opposée : le nord d’Errachidia à Tizint’Olghomt, avant de prendre la route pour Azrou, en passant par Midelt. Enfin, nous remonterons vers Fès puis vers Ketama au nord du Maroc, en passant par Taounate.

Marrakech est depuis toujours connue pour la diversité de ses plantes aromatiques et médicinales, aussi bien cultivées que poussant à l’état sauvage dans la région environnante. Cependant, l’emblème de la ville est sans conteste le bigaradier ou oranger amer (Citrus aurantium, en Arabe, Zhar). On le rencontre dans les anciennes demeures, les fameux riads, d’où la tentation de cueillir une de ses fleurs pour aromatiser son thé, mais aussi partout dans la ville, sur les grands boulevards, dans le parc d’Agdal ou sur la route en direction de l’Ourika. Aux mois de mars et avril, ses petites fleurs blanches enveloppent Marrakech d’une enivrante odeur, surtout en fin de journée, un vrai bonheur. Cet arbre de petite taille produit trois types d’huiles, le néroli (qui provient de ses fleurs), le petit grain (issu de ses feuilles) et enfin l’essence (obtenue à partir du zeste).

Le néroli, nom qui lui fut donné en hommage à la princesse Anne Marie de la Tremoille (1642-1722) qui l’aimait tant et la rendit célèbre reste l’huile essentielle la plus demandée et la plus appréciée, et ce, en raison de son arôme très fin et subtil. Ce dernier est capable de bouleverser les odorats les plus réfractaires. N’est-ce pas grâce à lui que les boutons floraux attirent merveilleusement bien les abeilles, qui transforment le nectar en un miel doux d’un goût incomparable! Utilisé depuis des siècles pour ses propriétés calmantes et apaisantes, le néroli est également utilisé en cosmétique et même en cuisine pour parfumer gâteaux et boissons. Il reste cher mais n’oublions pas que 2 tonnes de boutons floraux sont nécessaires pour obtenir 1 kilo d’huile de néroli par distillation.

Poursuivons notre voyage en direction du Sud. La route sinueuse qui nous mène à Ouarzazate en passant par le col de Tichka nous permet d’apprécier toute la beauté du Haut Atlas. Arrivé dans la ville du cinéma, nous nous dirigeons légèrement vers l’est, en direction de Kalaat M’Gouna, à une centaine de kilomètres de Ouarzazate. Surnommée la Vallée des Roses, elle est réputée dans le monde pour la qualité d’une fleur qui y règne en maître : la rose de mai (Rosa centifolia (Rosacées), en arabe Ward):

La Rose est probablement la première fleur dont on a distillé l’huile essentielle. On raconte que ce serait le grand physicien arabe Avicenne qui aurait distillé la première huile de Rose. Aussi, l’eau de Rose et l’huile de Rose étaient répandues dans les pays de langue arabe dès la fin du Xème siècle. Cependant, il reste très difficile de se procurer de la vraie huile essentielle de rose. Son prix exorbitant (environ 70.000 dhs/kg) s’explique du fait qu’il faut l’équivalent de 5 tonnes de pétales de Rose pour obtenir un kilo d’huile essentielle. Une goutte, étant équivalent de 30 roses! On trouve d’ailleurs quantité d’eau de rose et d’huile de synthèse (donc artificielles) sur les marchés. Cette dernière n’a aucun intérêt, elle peut même irriter les yeux. Calmante et apaisante, on dit souvent que l’huile de rose s’adresse au cœur, qu’elle dissipe les angoisses, les chagrins d’amour et la colère en ouvrant l’être à la tendresse. Elle est également cicatrisante et en cosmétique, utilisée pour son pouvoir astringent et anti-vieillissant.





Poursuivons notre route vers Errachidia. Il faut un peu plus de 200 km, pour atteindre cette ville considérée comme la porte du Sahara. Celle-ci est principalement connue par la qualité et la diversité de ses dattes. Nous prenons ensuite en direction de Rich puis de Midelt. Nous nous arrêtons dans un petit village entre ces deux villes, il s’agit du Tizint’Olghomt, une station riche en romarin. Il a une place prépondérante parmi les plantes aromatiques et médicinales utilisées au Maroc. Autres plantes qui poussent en abondance ici : certains thyms ainsi que l’armoise blanche. Un vrai bonheur pour les abeilles qui produisent un miel très réputé, un autre trésor de cette région aux mille ressources. Profitez également de cette halte pour visiter la très ancienne bibliothèque du village de Zaouiate Sidi Hamza. Datant de quelque 5 siècles, elle possède un certain nombre d’ouvrages traitant aussi bien de la botanique que de la médecine traditionnelle.

Mais retournons à notre romarin (Rosmarinus officinalis (Lamiacées), en arabe : Azir ou Halhal ou Iklil aljabal). Appelé aussi «herbe aux couronnes», il fut, tout au long des siècles, symbole de fêtes, et utilisé pour l’ornement des jeunes mariés comme pour couronner, en Grèce, les têtes des étudiants. Avait-on déjà constaté que le romarin déploie une action stimulante sur les fonctions psychiques! Le romarin est distillé, par entraînement à la vapeur d’eau. Son huile essentielle est très utilisée dans divers domaines : cosmétique, parfumerie, aromathérapie, culinaire… On dit qu’elle clarifie les idées et donne de l’assurance tout en favorisant les capacités intellectuelles. Elle est souvent utilisée en massage, avec une huile végétale, pour ses pouvoirs décongestionnant sur les muscles et les veines. Des inhalations au romarin, permettent également d’assainir les voies respiratoires et les poumons.

En quittant ce fief du romarin, de l’armoise et de thym, nous poursuivons notre route en direction de Meknès, pour nous arrêter finalement à Azrou réputée pour ses vastes forêts de cèdres de l’Atlas (Cedrus atlantica (Abiétacées), en Arabe : Arz). Cet arbre imposant qui atteint parfois les 40 m de hauteur, peut vivre jusqu’à 1000 ans. Voué aux dieux, dans l’Antiquité, il symbolise la grandeur, la sagesse, mais aussi l’abondance, la fertilité, l’immortalité et la force. Son nom latin, cedrus, vient d’ailleurs de l’arabe «kedron» qui signifie «force», d’où dérive le mot «guetrane», correspondant à l’huile de cade obtenue à partir du cèdre… Son bois est depuis toujours utilisé pour les constructions les plus prestigieuses ainsi que pour les bateaux, il est en effet très résistant et sa teneur en essence repousse insectes et champignons.

La distillation du bois de cèdre donne une huile de couleur brun-dorée qui dégage un parfum profond et boisé, rappelant l’huile de santal. Les Egyptiens utilisaient déjà cette huile dans les pratiques de momification. Aujourd’hui, elle apparaît fréquemment en aromathérapie et en cosmétique où ses propriétés cicatrisantes, astringentes et régénératrices de l’épiderme font merveilles. Elle est également réputée comme décongestionnant et antiseptique des voies respiratoires.





Après la belle cédraie, nous prenons la direction de Fès, à 80 km d’Azrou. Nous atteindrons notre destination, Ketama, à 160 km de Fès, en passant par Taounate. Cette belle région nous permet de rencontrer une plante particulière, dont l’huile est très appréciée dans le domaine de l’aromathérapie. Il s’agit du ciste, une plante gluante, que l’on peut également trouver au nord du Maroc, principalement dans la région de Tétouan et de Tanger. Le ciste (Cistus ladaniferus (Cistacées), en Arabe : Ladane) est un petit arbuste de 1 à 2 m de haut, originaire du pourtour méditerranéen. Ses fleurs sont blanches et ses feuilles sont de couleur verte-grise. Ces dernières sont luisantes, très visqueuses et collantes. D’où la particularité étonnante de cet arbuste, celui d’être recouvert d’une pellicule de résine très parfumée, le «labdanum». On raconte d’ailleurs que les Egyptiens puis, par la suite, certains peuples arabes, avaient l’habitude de recueillir cette résine (labdanum) qui se retrouvait collée à la barbe de leurs chèvres. Celles-ci s’en revenant brouter les feuilles du ciste. Pour obtenir l’huile essentielle de ciste, ses feuilles et ses rameaux sont distillés par entraînement à la vapeur d’eau. L’huile obtenue a une à odeur puissante, épicée, tenace et très prononcée. Elle présente une composition chimique très complexe avec quelques 200 composants différents. Très rare et très active, elle se rapproche des huiles d’encens et de myrrhe. Réputée pour ses remarquables vertus anti-hémorragiques, cicatrisantes et astringentes, elle est également utilisée en cosmétique pour raffermir la peau, ralentir la formation des rides et agir contre le vieillissement prématuré de la peau. Elle a enfin des propriétés anti-infectieuses, anti-virales et anti-bactériennes.

Après Ketama, nous nous dirigeons vers l’ouest, en direction de la forêt de Dardara qui se trouve à une centaine de kilomètres de Ketama et tout près de Chefchaouen. Nous partons à la recherche d’un plante aromatique faisant partie depuis des siècles de l’arsenal des phyto-aromathérapeutes et des herboristes : le myrte (Myrtus communis (Myrtacées), en arabe : Rihane), une plante qui aurait été introduite au Maroc par les Andalous.

Arbrisseau de la région méditerranéenne, le myrte était, chez les Grecs et les Romains, chargé de symbole. Dans le monde musulman également. Il est d’ailleurs cité dans la Sunna : le Prophète Mohamed jeta un rameau de myrte sur la tombe d’un réprouvé, en signe de compassion. De là, vient la tradition de recouvrir les morts de rameaux de myrte et ce, pour obtenir la grâce divine. De même, la toilette des morts est faite d’une décoction de feuilles de myrte.

Déjà utilisé dans le monde antique pour ses propriétés anti-infectieuses, les branches et les fleurs du myrte sont employées au XVIe siècle pour les soins de la peau dans une lotion tonique et astringente appelée «l’eau des anges».

On distingue deux espèces de myrte : le myrte rouge et le myrte vert. Il s’agit de la même espèce. Lorsque les feuilles sont séchées au soleil, elles prennent une coloration plutôt rougeâtre, elles restent vertes si elles sont séchées à l’ombre. Distillées, les feuilles donnent une huile essentielle jaune-orangée d’odeur fraîche et douce, réputée pour donner force intérieure et vigueur. En massage, avec une huile végétale, elle soulage articulations et muscles endoloris.

Nous pouvons continuer notre périple en passant par la plus grande forêt de chêne liège au monde, il s’agit de la forêt Maamora à proximité de Rabat. Vous pourrez également y voir, si vous avez de la chance, une variété de poirier sauvage, endémique du Maroc et qui existe seulement dans cette forêt.

Ce voyage à la découverte des huiles essentielles du Maroc s’achève ici. J’espère qu’il vous aura donné l’envie de bénéficier de leurs bienfaits au quotidien ou dans l’un des nombreux spas qui utilisent les produits naturels du Maroc.



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