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Sidi Lalla
 

on s’en souvient, c’est lors de l’exposition “variations autour d’un visage” de said housbane, que nous sommes passés du benohoud, le trublion photographe, à une nouvelle inspiration, en duo avec fatima mazmouz, elle-même un ovni de la photographie. ils nous y présentaient leur première collection de bijoux alliant patrimoine et création, une nouvelle forme d’architecture de l’ornement, une "architecture du bijou".

Par Abdelhak Najibi . Photos Mostapha Romli

 


Ce tandem de créateurs atypiques a su faire exploser les carcans de la représentation à thèmes, très chère à une certaine photographie moderne. Mais à bien y réfléchir, les corps nus de Hicham combinés aux silhouettes drapées de motifs géométriques de Fatima ne sont pas si loin de ce qui est aujourd’hui décliné en une nouvelle perception de l’identité humaine, visuelle et partant culturelle. Le bijou est réfléchi tel un corps que l’on modèle et dont on scrute les possibilités. Un corps qui en dit long sur son passé et ses multiples avenirs. Pour ces concepteurs, cette création de bijoux modernes n’est pas une coïncidence. C’est même une continuité de la photographie. Aussi éloignées que ces deux disciplines puissent paraître, pour Fatima et Hicham, elles sont ici liées par le même filament, celui de la réflexion.

"Les différents voyages que nous avons effectués à travers le monde nous ont enrichis et poussés à expérimenter un nouveau domaine de création à savoir le design. Le chantier étant vaste, nous avons commencé par dessiner un peu de tout, des meubles, des bijoux, des luminaires, etc. A Tiznit, nous avons rencontré quelques bijoutiers. Nous leur avons fait part de notre projet, ils furent aussitôt à notre écoute et nous ont réalisé quelques prototypes. Le résultat nous a étonnés et depuis deux ans maintenant, nous organisons des séjours réguliers dans cette ville pour travailler dans leurs ateliers", précisent les deux créateurs. Chaque pièce naît d’une grande complicité entre deux expériences et deux sensibilités qui se rejoignent : "Nous concevons et dessinons les modèles ensemble" expliquent Hicham et Fatima "mais ce sont les artisans qui les réalisent. Notre présence est indispensable car le passage du dessin à la fabrication nécessite souvent quelques modifications, essentiellement d'ordre technique et esthétique". Grâce au savoir-faire des maîtres orfèvres combiné à un travail de précision, le duo de créateurs livre une collection basée sur un sens aigu du subtil, une griffe qui tranche avec le déjà-vu.

C’est un travail très personnel, rare, différent et nourri des multiples influences de l’art contemporain, avec une récurrence géométrique : rectangles, carrés, parallélépipèdes, triangles, losanges, courbes, lignes brisées, cercles, arcs de cercles, chevrons… Les bijoux de Fatima Mazmouz et Hicham Benohoud sont influencés par le classique avec un mélange cohésif de géométrie Art déco et de courbes sinueuses Art nouveau auxquelles s’ajoutent des interférences ethniques, du cru, du terroir, ouvert sur l’universalité. Ils expliquent ainsi la génèse de leur travail : "Lorsque nous avons décidé de réaliser des bijoux en argent massif, nous avons constaté que le marché marocain n'offrait que des bijoux traditionnels, berbères, voire ethniques en provenance d'Inde ou de Chine, qui obéissent avant tout à une esthétique séculaire. Afin de créer des bijoux d’une conception neuve et originale, nous avons puisé notre inspiration dans le patrimoine arabo-musulman en utilisant des motifs que l'on trouve principalement dans les arts traditionnels marocains comme le zellige, le stuc, le bois peint,... tout en proposant des recherches plastiques résolument contemporaines et une approche qui s'apparente à la sculpture et à l'architecture."

Toute la gamme symbolique habituelle du bijou dit marocain (mélange d’influences berbères, judaïque, hispano-mauresque et africaines) suit ici une nouvelle ligne comme une ouverture sur d’autres expérimentations. Les formes consacrées du bracelet sont éclatées, ses contours définissent de nouvelles finitions, le creusement du travail en filigrane est aussi un jeu de la lumière ou plutôt de la luminosité. N’oublions pas que nous sommes toujours dans l’univers de deux photographes obsédés par le "light expression", le fondement même de ce qui est donné à voir et ce qui est à peine dévoilé. Leurs bijoux suivent les mêmes sinuosités entre ouvert et fermé, clair et obscur, plein et vide, rond et plat, fin et faussement massif. Le détail est suggéré sans être forcé. Le dessin tracé épouse les parois du métal dans un geste délicat qui préfigure le rapport du bijou au corps de celui qui le porte.

Les créations de Hicham et de Fatima prennent une dimension universelle, tout en renvoyant à un référentiel défini dans ses contours géographiques, grâce à la géométrie, véritable patrimoine commun à toutes les cultures dont seules les déclinaisons tracent des contours d’influence. "Contrairement aux bijoux berbères surchargés ou émaillés, nous avons épuré nos créations au maximum,"expliquent-ils" Même si l'arabesque et les tracés géométriques obéissent à des règles élémentaires comme la répétition et la symétrie, cela ne nous empêche pas de revisiter ces notions pour inventer de nouveaux équilibres et de nouvelles compositions. La contemporanéité de nos créations a su préserver à la collection son identité orientale mais lui permet de s’adresser à une clientèle cosmopolite qui aime le raffinement. L’argent massif est un choix délibéré, c’est un matériau noble qui convient parfaitement à cette ligne dont les pièces sont réalisées en séries limitées."

Après la production d’une centaine de bijoux, naissait leur première collection baptisée "Sidi Lalla", présentée pour la première fois en mars 2008 au Riad Art Expo. Elle est aujourd’hui disponible dans leur show-room de Marrakech ainsi que dans différents points de vente de la Ville Rouge. Témoignage temporel sur le sens même de la parure comme attribut civilisationnel, cette collection a naturellement trouvé sa place dans les galeries d’art, preuve en est le succès rencontré lors de sa présentation dans quelques-unes d’entre elles.





BIO-EXPRESS, HICHAM BENOHOUD

Né en 1968 à Marrakech, ce plasticien-photographe y a été professeur d'arts plastiques durant huit ans. Aujourd'hui, il vit entre Paris et Marrakech. Représenté par la Galerie Vu depuis 1998, ses travaux y sont régulièrement exposés. En 1998, l'Institut français de Marrakech lui a consacré sa première exposition personnelle avec 4.455 petites images sur un mur.

Depuis, il participe à de nombreuses expositions collectives et personnelles en Europe et en Afrique : Paris Photo au Carrousel du Louvre, Transfert à Bruxelles, Africa remix au Centre Georges Pompidou, 20 photographes d'aujourd'hui à l'Institut du Monde Arabe, la salle de classe à la Galerie Vu, Version soft à Marrakech. En 2005, il est artiste professeur invité au Fresnoy Studio national des Arts contemporains à Tourcoing, où il crée l'installation "Veuillez crier SVP". En résidence à l'Atelier du Plateau en 2005 et 2006, Gilles Zaepffel lui passe commande, il réalise 30 famille, présenté à l'Atelier du Plateau et à la Galerie Vu. Les œuvres de Hicham Benohoud ont fait l'objet de plusieurs publications : BKO-RAK (Collection Soleil, Edition Revue Noire, France), Suites marocaines (Collection Soleil, Revue Noires, France), Revue Noire 33-34 (1999, France), L'art contemporain du Maroc (Editions de l'Institut Català de la Mediterrània, octobre 2000), le Maroc en Mouvement (Editions Maisonneuve et Larose, France), La salle de classe (Editions de l'Oeil, Montreuil, 2001). Il est également lauréat du Prix "Dotation Photo Service" en 2000 et du prix "Absolutement artiste" en 1999





FATIMA MAZMOUZ

Fatima Mazmouz, née en 1974 à Casablanca, vit et travaille en région parisienne. Titulaire d’un D.E.A. en histoire de l’art, elle pratique la photographie depuis 1994 et la vidéo depuis 2000. Elle a notamment exposé en 2005 aux 11ème Salon de la photographie de l’AMAP (Association marocaine d‘art photographique), à Rabat en décembre dernier et aux 6ème Rencontres Africaines de la Photographie de Bamako (Mali). Elle a également fait partie de la sélection officielle pour la participation marocaine à la F.I.A.V. 2005, Barcelone (Espagne). Elle a exposé à Bamako, au Mali et dans plusieurs villes d’Europe.